• Elle

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

        Quand son pied se posa sur le carrelage froid, il tâtonna jusqu' à trouver un chausson au confort rudimentaire. Un faisceau lumineux provenant d'un nœud qui avait finit par abandonner une planche du volet traversait la pièce de long en large. Il est déjà midi pensa t'il... Il glissa son autre pied dans le deuxième chausson et se dirigea vers la fenêtre. Il savait ce qu'il se passerait, il pouvait reconnaître entre mille le grincement de ces vieux volets, il savait que dès qu’il les pousseraient la lumière s’engouffrerait furieusement dans la pièce et ses yeux se plisseraient sans qu’il puisse les en empêcher. Il ouvrit la fenêtre et sentit la chaleur caresser son torse et son visage. Il poussa ensuite les volets avec verve et bien qu’il fût habitué, la lumière le surprit une fois de plus, ses yeux voulurent se fermer, il tenta de les retenir mais ce fût en vain, son nez se mit à picoter et il éternua contre son gré. La nature l’avait encore bien eu, elle le surprenait presque chaque jour et il ne s’en lassait pas. Le nez à l’air, avec pour seul horizon des prairies aux dos ronds qui s’étalaient à perte de vue, il se mît à penser. Il pensait que la vie ne le surprenait pas assez, que sa vie était si morne qu’une fois les volets ouverts il n’y avait plus rien à voir. Se faire surprendre, c’était bien de cela dont il osait rêver les yeux ouverts. Tout, il désirait que tout le surprenne, que tout lui saute dessus sans qu’il ne demande rien. Ca ne rien demander il savait faire, il n’obtenait jamais rien d' ailleurs... Demander pour obtenir... Le simple fait de penser cette phrase lui procura un violent dégoût qu’il exprima par un rictus secondé d’un crachat. Quand il pensait "tout", c’était inconsciemment exagéré, il n'attendait pas de surprises de la part des objets, il n’en attendait pas plus venant de ses copains, les pauvres en étaient-ils seulement capables ..?? La routine les avait avalé et avait arrondi les derniers angles qu’ils leur restaient, les ayant rendu parfaitement lisses et uniformes, incapable de s’arrêter de rouler. Il n’attendait pas non plus grande surprise de la part de son travail, découvrir un beau matin son chef d’atelier trotter à quatre pattes les fesses à l’air, son carnet de commandes entre les dents l’aurait probablement quelque peu surpris, mais à vrai dire, ça aurait surtout divertit les collègues. Et il s’en fichait bien des collègues... De plus, il était persuadé que la surprise perdrait sa saveur si elle venait à être partagée. L’effet de groupe a toujours ce petit côté rassurant qui fait qu’au final on ne profite pas comme il le faudrait. Cette surprise la, il la laissait volontiers aux collègues. Eux aussi étaient assoiffés, une telle scène les mettrait dans un état de transe, ils seraient hyènes et ne penseraient plus que sang. L’espace d’un instant les oppressés deviendraient des oppresseurs dignes de ce nom, répugnants. Et ça, ça ne l’aurait pas surpris. Si naïvement il avait pensé que tout avait de l’importance, il réalisait maintenant qu’il s' était trompé. Quand il pensait à tout, il pensait surtout à elle, car même si elle n’était pas tout, elle était beaucoup. C’est d’elle qu’il voulait tant voir la surprise venir, d’elle qui était si douce et pourtant si indifférente. Il l’aimait comme un fou, elle l’appréciait pour tout, sauf pour ça. Voilà qu’il pleuvait maintenant, la nuit était tombée sans qu’il ne s’en rende compte, il tenait les volets du bout des doigts, il fallait les fermer maintenant… Il en pleurait !

     


                                                                                     Collection personnelle.

     

     

     

     

     

     

    « Mooning on the moonCupidone »
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  • Commentaires

    1
    Jeudi 31 Octobre 2013 à 20:49

    Ca y est : tu es amoureux, c'est ça ?

    2
    yves d
    Jeudi 31 Octobre 2013 à 20:55
    J'aime bien lui!
    3
    Samedi 2 Novembre 2013 à 03:43

    Bonsoir Talula,

    Est-ce qu'on appelle: "avoir une idée fixe"  ???

    Bien songé !

    Amitiés de Québec,

    gilles

    4
    Jeudi 14 Novembre 2013 à 19:59

    De l'idée et du mordant .J'ai flâné sur ton blog et tu me fais beaucoup penser à Claire Brétecher (ne me demande pas pourquoi ,j'ai pensé à elle tout de suite ).Il ne te reste qu'une seule chose à faire :continuer !

    5
    Jeudi 14 Novembre 2013 à 20:15

    Hey ! Merci d' être passé par ici ! Et merci pour tes encouragements, je tacherai de repasser sur ton blog de temps à autre.

     

    6
    Jeudi 28 Novembre 2013 à 14:29

    Binkestufou ? T'es passé où ?

    Et le râteau ?

    7
    Jeudi 28 Novembre 2013 à 15:25

    Hey, Salut ! Désolé, je reviendrai, c' est promis. C' est juste que je n' ai pas envie de me forcer à dessiner, pas d' inspiration = pas de dessin... C' est con mais c' est comme ça...

    Pour le râteau je l' ai supprimé, j' avais hésité à le poster car il ne me plaisait pas trop, et au final j' ai tranché.

    8
    Lundi 2 Décembre 2013 à 21:05

    Bin tu vas pas être désolé, quand même ! Si t'as pas envie, bin t'as pas envie et picétou. Et c'est pas con : c'est comme ça !

    Moi, le râteau, je l'aimais bien "intellectuellement" car j'y voyais un lien avec ce post ci, if you see what I mean.

    Les sensibilités se suivent, et ne se ressemblent pas forcément et c'est ainsi que l'on se nourrit et s'enrichit. Bonne soirée. A bientôt.

    9
    Lundi 16 Décembre 2013 à 20:11

    çà sent le vécu!

    10
    Lundi 16 Décembre 2013 à 22:38

    Si peu... Merci de ton passage !

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